LE NOURRISSEMENT Ne cherchez pas dans un dictionnaire le mot nourrissement, il n'existe pas. C'est une invention des apiculteurs qui, vraisemblablement, ne trouvant pas très joli le mot nourrissage l'ont remplacé par un terme qui sonne mieux à l'oreille. La littérature apicole ne parle donc plus depuis très longtemps que de nourrissement et peut-être qu'un jour l'académie française se penchera sur ce mot nouveau, mais au train où vont nos immortels le troisième millénaire de notre aire sera probablement insuffisant. L'apiculture moderne actuelle ne peut pas se pratiquer sans nourrissement et il n'y a rien de scandaleux ni de honteux, bien au contraire, à complémenter les colonies qui sont en difficulté d'approvisionnement en nourriture. Bien conduite, cette pratique ne présente aucun risque d'apport de sucre dans le miel. Elle permet d'éviter la mort par famine et d'accélérer le développement des colonies au printemps ou de constituer une réserve suffisante pour passer l'hiver. Mais comme toute pratique apicole il faut rester prudent et mesuré dans son utilisation. Deux types de nourrissement se pratiquent, sans s'opposer, le nourrissement dit spéculatif et le nourrissement de complément. Le nourrissement de stimulation ou spéculatif. Pour qu'une colonie augmente sa population de façon significative il faut que trois conditions soient réunies. -> Une reine jeune en pleine possession de ses moyens. -> Une population bien pourvue en abeilles nourrices, donc jeunes. -> Des réserves de provisions suffisantes ou mieux un apport quotidien et suffisant de nourriture (nectar et pollen). La présence d'une bonne reine et d'une population convenable, en nombre et en âge, sont deux éléments indispensables. Il serait utopique de croire que l'on peut augmenter la ponte d'une reine âgée si elle est entourée d'une population dépourvue de jeunes nourrices. C'est sur le troisième volet que l'apiculteur peut intervenir, si les deux premières conditions sont réunies, en simulant une miellée. Il convient alors d'apporter une ration régulière, tous les deux ou trois jours, d'un nourrissement liquide (50% d'eau + 50 % de sucre ou 33% d'eau + 66% de sirop de glucose-fructose). Cette solution sera distribuée de préférence tiède à raison de deux à trois cents grammes tous les trois jours. Il convient de vérifier les cadres du corps de ruche car la colonie doit consommer la totalité du sirop distribué sans jamais le stoker. Mais cette pratique à des limites. -> La première, c'est que la colonie pour profiter pleinement des effets de cette stimulation doit avoir à sa disposition une réserve de pollen suffisante ou alors il faut que les butineuses ramènent du pollen frais, ce qui est nettement plus avantageux. Sans protéines, les nourrices n'alimenteront pas suffisamment les larves, et le sirop, s'il est pris rapidement, sera stocké et ne sera pas utilisé. -> La deuxième, c'est le risque de provoquer une fièvre d'essaimage avec le départ d'un essaim. C'est un moindre mal si ce dernier est récupéré mais c'est une perte sèche s'il n'est pas cueilli et c'est souvent le cas. Il convient donc de contrôler régulièrement le couvain pour déceler la construction de cellules royales et les détruire sans en oublier, mais une fièvre d'essaimage est difficile, presque impossible, à arrêter. Cette pratique du nourrissement stimulant présente un intérêt certain après la récolte s'il n'y a plus de miellée, ce qui est souvent le cas à partir de mi-juillet. Il a pour avantage de maintenir la ponte de la reine, encore faut-il qu'elle soit jeune pour donner de bons résultats. Et ne l'oublions pas, ce sont les jeunes abeilles d'automne qui sont destinées à passer l'hiver et à relancer la ponte au printemps suivant. Les quantités distribuées peuvent être plus importantes qu'au printemps car, s'il y a stockage, le surplus servira de provision hivernale. Il n'y a pas de risque d'essaimage en cette saison, l'opération est moins risquée qu'au printemps. C'est le moment, à partir de la fin juillet de confectionner des essaims artificiels en prélevant, éventuellement à partir de plusieurs colonies, trois cadres de couvain de tous âges plus deux ou trois de provision sur lesquels sera introduite une jeune reine en ponte. Encore faut-il en avoir à disposition, mais c'est là une autre histoire. De telles colonies convenablement stimulées et nourries passent très bien l'hiver et sont très souvent les meilleures au printemps suivant. Le nourrissement de complément. C'est le nourrissement plus conventionnel qui s'opère à l'automne afin que les colonies soient suffisamment pourvues pour passer tranquillement l'hiver. On estime qu'il faut une bonne quinzaine de kilos de nourriture pour être tranquille. Ne vous laissez pas piéger par une estimation à l'aveuglette. Très souvent dans notre région les cadres sont lourds de pollen qui sera utile au redémarrage printanier, pour l'élevage du couvain mais ne servira pas à la survie hivernale des abeilles. Ce nourrissement, s'il est pratiqué, sera massif et s'effectuera en une ou deux fois par l'apport de sirop plus concentré. Généralement c'est une solution à 2/3 de sucre + 1/3 d'eau qui est distribuée. Mais le commerce offre aujourd'hui des sirops de glucose-fructose prêts à l'emploi, immédiatement stockables par les abeilles. Ils sont faciles d'emploi et moins onéreux, dans le cadre d'achat groupé, que le sucre. En cas de besoin, pour un apport tardif de complément, il faut avoir recours au sucre en pâte ou sucre candi. Il sera distribué en quantité suffisante, soit sur le trou de nourrissement, soit directement sur la tête des cadres en protégeant le tout par un nourrisseur mis à l'envers. Là aussi, le commerce offre des préparations d'excellente qualité à des prix convenables. Le candi utilisé au printemps a un effet stimulant non négligeable qui ‘' bouste'' les colonies mais peut aussi provoquer des fièvres d'essaimage. Le matériel de nourrissement. Pour la pratique du nourrissement il faut, bien évidemment, être équipé du matériel nécessaire, c'est à dire de nourrisseurs. Plusieurs modèles sont disponibles en fonction de l'utilisation que l'on veut en faire. Le nourrisseur couvre cadres est celui qui convient le mieux dans toutes les situations et si toutes les ruches n'en sont pas forcément munies, il faut en avoir au moins un pour deux ou trois ruches. Sans publicité aucune, le matériel plastique fabriqué en France par les établissements Nicot, est très convenable, mais tout autre type convient parfaitement. Les nourrisseurs de capacité nettement plus petite, de type ‘'LORHO'' rendent de grands services par leur mobilité. Ils conviennent très bien pour stimuler. Je ne trouve aucun intérêt aux nourrisseurs d'entrée qui ne sont jamais très étanches et peuvent provoquer des pillages, surtout avec des abeilles jaunes très enclines à ce genre d'exercice. Je ne conseille pas ce type de matériel qui, au demeurant, n'est pas très en vogue. Les races d'abeilles. En matière d'hivernage et par conséquence de nourrissement il faut aussi tenir compte des races d'abeilles. La publicité et les phénomènes de mode, auxquels les apiculteurs sont très sensibles, donnent à penser que l'usage de races étrangères peut régler tous les problèmes auxquels ils ont à faire face. La réalité est tout autre. L'agressivité en deuxième génération de croisements incontrôlés n'est plus à démontrer et pour revenir au sujet qui nous intéresse l'hivernage reste le problème majeur, principalement avec les abeilles jaunes, dites abeilles à viande. Ces abeilles, qui ont par ailleurs d'autres qualités, ont le défaut majeur de ne pas constituer de réserves hivernales et transforment en couvain toute la nourriture qui rentre. Elles sont donc à surveiller de très près et relèvent d'une conduite qui n'est par toujours à la portée de tous. L'abeille locale de ce point de vue, surtout lorsqu'elle est installée dans des ruches de grande capacité, reste incontestablement la meilleure abeille. Elle est idéale pour une apiculture de loisir, sans tracas, aussi je la conseille mais, bien entendu, vous restez libre de votre choix. C'est celle qu'utilisent la plupart des apiculteurs de notre région et même les professionnels, hormis quelques marchands de reines, qui y reviennent à grands pas. L'Association pour la Sauvegarde de l'Abeille Noire Limousine se donne pour objectif de fournir en reines, fécondées ou vierges, et cellules royales les utilisateurs de cette abeille dont des écotypes locaux ont pu être identifiés par le CNRS de GIF sur YVETTE. Bon hivernage et bonne préparation pour l'année à venir. R. CHABRETOU
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Syndicat des apiculteurs du Limousin
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