L'abeille est-elle un animal de compagnie? L'administration fiscale classe schématiquement les animaux domestiques en deux catégories: => Les animaux de rapport => Les animaux de compagnie Le critère de classement est souvent l'importance de l'effectif plutôt que l'espèce elle-même. Le guépard, favori d'une quelconque vedette, changerait assurément de catégorie s'il retournait au cirque ou dans un zoo d'élevage. Les animaux de compagnie sont très divers... Il serait fastidieux de dresser la liste des animaux dont l'homme a besoin pour assurer sa sécurité, meubler sa solitude ou satisfaire à une mode passagère. Les plus répandus sont évidemment les mammifères tels que chien ou chat mais il y a aussi les oiseaux de cage ou de plein air. D'aucuns préfèrent les poissons d'aquarium réputés pour leur mutité. Les reptiles n'échappent pas à ce besoin de convivialité et les anciens de l'Océan Indien connaissent bien le lézard « margouillat » présent dans toutes les cases, gros consommateur de moustiques et dont le mimétisme accentue encore la discrétion. ...Mais ils imposent des contraintes... Il faut se préoccuper chaque jour de la nourriture, du logement, du confort et de l'hygiène des animaux de compagnie. Ce souci constant englobe aussi bien la litière des mammifères que l'eau des poissons rouges ou l'éclairement des oiseaux de cage. On peut déplorer également que certains de nos compagnons aient une prédilection marquée pour les mollets des préposés de la Poste ou les fesses des gens du voyage. Les assureurs rétorqueront que la « couverture en responsabilité civile , c'est pas fait pour les chiens ». ...et peuvent provoquer des atteintes à l'environnement. Les nuisances sont généralement limitées au bruit et chacun pense aux aboiements intempestifs des chiens ou aux sarabandes des chats au printemps. Il est plus rare que les animaux de compagnie incommodent par leur odeur ou engendrent des paniques dans le voisinage. Les risques de pollution sont plus préoccupants. Les animaux familiers peuvent aussi véhiculer des maladies à virus (rage), des parasites internes ou externes (ténias, tiques) ou des mycoses de la peau (teignes). Le législateur impose à juste titre tatouage, collier, matricule, adresse des « parents ». L'abeille possède des vertus certaines d'animal de compagnie... Elle est silencieuse autant qu'un poisson rouge et le noctambulisme lui est inconnu. Tout au plus peut-on l'entendre gronder pendant les chaudes nuits d'été quand elle prend le frais sur le pas de la porte. Discrète, elle reste chez elle et n'entre pas dans les maisons ; elle sait « tenir ses distances » et entend que le maître tienne les siennes. Donc, rien à craindre pour les tapis, moquettes, rideaux ou canapés. C'est un excellent animal de garde dont l'effet dissuasif vaut bien celui d'un solide berger allemand, avec le bruit en moins. A croire que le français moyen a peur des animaux en raison inverse de leur taille. La ruche est une entité très active qui vit au rythme des saisons sans jamais se décourager ou montrer d'états d'âme. Pour les jeunes enfants, c'est une leçon permanente de civisme et un modèle d'organisation sociale. L'entretien de quelques ruches est moins contraignant que celui d'un compagnon à quatre pattes et n'entrave ni les voyages ni les vacances de ses maîtres. Enfin, l'abeille est un excellent révélateur de tous les phénomènes pouvant porter atteinte à l'environnement de l'homme : météo à court terme, nuisances et pollutions habituelles ou accidentelles. ...Mais elle n'est pas à l'abri des reproches L'abeille pique, c'est vrai et c'est souvent désagréable, mais évitons de tomber dans les idées reçues. Elle n'a rien de commun avec les insectes hématophages qui piquent pour se nourrir de sang. A notre connaissance, elle ne transmet ni le paludisme, ni la maladie du sommeil, ni l'éléphantiasis, ni le SIDA. Certes il existe des cas préoccupants d'allergie sévère au venin d'abeille et nous devons tous rester vigilants. L'abeille manifeste un respect très relatif pour son maître et les relations sont souvent conflictuelles; c'est sans doute le prix du miel. Et le varroa direz-vous? C'est une contrainte certaine, mais croyez-vous que les propriétaires de chiens ou chats soient dispensés de l'épouillage? Et qu'en pense donc la maréchaussée? Ne nous voilons pas la face (quelquefois c'est cependant préférable!!), nos abeilles sont en vagabondage permanent et caractérisé. Certes, elles exercent un métier (elles sont ouvrières), mais en butinant les fleurs des autres. La pollinisation n'est qu'une conséquence involontaire du délit de grivèlerie. Bien sûr, elles ne sont pas « sans domicile fixe » (SDF) mais, le plus souvent, on peut dire qu'elles sont « sans domicile connu », ce qui, pour la Loi, est à peu près la même chose. Peut-être qu'un jour on imposera aux abeilles de porter sur les ailes et le fuselage un numéro d'identification individuelle. Comme elles portent déjà des poux, on pourrait aussi les munir de puces (électroniques) qui permettraient de les suivre dans leurs vagabondages. Et l'Administration fiscale? Le fisc, toujours à l'affût de quelque « pillage », s'intéressera bien un jour aux abeilles de compagnie. Par exemple en instituant une sorte « d'api-taxe d'habitation » destinée à financer d'hypothétiques « api-moto-crottes » ou des « api-tours de contrôle aérien ». Devant cette menace de voir ses abeilles de loisir considérées comme signe extérieur de richesse, le malheureux contribuable cherchera sans doute à réduire le nombre de ses ruches de compagnie. Peut-être verra-t-on alors des Dadant 24 cadres. Qu'à cela ne tienne, le fisc, qui connait tous les créneaux et toutes les tirettes, prendra alors le cadre comme base d'imposition. Et dans ce domaine, il a l'habitude. En conclusion: Bien qu'elle ait parfois des fréquentations douteuses et malgré les idées reçues qui lui sont souvent défavorables, l'abeille domestique est pour l'homme un animal de bonne compagnie. L'agressivité dont elle fait preuve est peut-être une manifestation de convivialité au deuxième degré: qui aime bien châtie bien. Nous rappellerons, enfin, une tradition bien ancrée dans certaines régions, notamment en Corrèze: lorsque le patron vient à rendre l'âme, il est vivement recommandé d'aller le dire aux abeilles sinon le successeur apprendra à ses dépens que le « savoir piquer » peut sanctionner le manque de « savoir vivre ». Cette légende, même si elle est sans fondements techniques, montre bien les liens qui unissent depuis des millénaires, pour le meilleur et pour le pire, Homo sapiens et Apis mellifera. Louis BRETIN
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