L'ORME L'orme est un arbre commun dans toute l'Europe occidentale. Son nom latin (Ulmus) se retrouve dans les langues de nos voisins : Olmo en italien, Ulme en allemand, Elm en anglais. Il existe en France trois espèces d'ormes mais la plus commune est l'orme champêtre ou orme rouge (Ulmus campestris). C'est un arbre de première grandeur pouvant atteindre 35 mètres de haut et vivre jusqu'à 1000 ans. Il préfère les sols argilo-calcaires, ce qui explique sa rareté en Limousin. L'orme était surtout présent dans le Bassin Parisien, le Cher, la Nièvre. L'Orme, vieux compagnon de l'Homme L'orme est classé parmi les arbres forestiers. En fait, c'est presque un arbre domestique qui donne sa pleine mesure à l'état isolé. Il a pendant des siècles accompagné l'homme qui pourtant n'en tirait aucune subsistance. L'orme était considéré comme un élément de confort et d'ornementation. A l'entrée du Grand Trianon à Versailles trônait ( ???) un orme magnifique. A Grignon, dans les années 1950, on vénérait encore « l'orme de Sully ». Les feuilles dentées, rudes au toucher, et légèrement urticantes, protégeaient l'orme des prédateurs indésirables. L’Orme au service de la justice Bien avant le chêne de Saint Louis, la justice était souvent rendue sous l'orme qui trônait généralement sur la place publique. Les justiciables précédaient l'arrivée du juge avec plus ou moins d'espoir ou d'illusion. Il nous est resté de cette époque l'expression « attendre sous l'orme ». Nos amis italiens ont adopté ce mot mais avec une tonalité encore plus désabusée « attendre en vain » ( Aspettare in vano). L'Orme, arbre à vocation sociale et conviviale Traditionnellement, de nombreux villages possédaient une touffe d'ormes dont la vocation était multiple. C'était un lieu de contact, de détente, d'information où l'on commentait évènements et potins. Deux fois l'an, s'installait sous les ormes le rémouleur (généralement Auvergnat), appelé selon les régions « bijiji » ou « bezizi » qui affûtait tous les outils possibles. Dans les régions de bocage, la taille, l'élagage et le « couchage » des haies et bouchures exigeaient du matériel bien tranchant. Parfois le rémouleur réparait aussi les parapluies. Venait également le rétameur qui rénovait les ustensiles de cuisine. Les gens du voyage (vanniers très souvent) travaillaient plutôt près de leurs roulottes. Quant aux fabricants de chaises (généralement italiens), ils préféraient les fermes où ils trouvaient du bois d'oeuvre, des granges pour travailler et dormir. Bien d'autres « voyageurs » s'arrêtaient sous les ormes : saltimbanques, prestidigitateurs, montreurs d'ours... Les distillateurs (espèces en voie de disparition) s'installaient là aussi à chaque campagne. Le dépérissement des ormes Depuis le début du vingtième siècle, les ormes adultes d'Europe Occidentale sont victimes d'un champignon venu de Chine. Les botanistes de l'époque ont classé ce parasite dans les « Fungi imperfecti » (champignons imparfaits) et lui ont donné le nom de Graphium ulmi et à la maladie le nom de Graphiose. Le champignon se développe dans les vaisseaux de la sève et provoque une mort progressive de l'arbre branche après branche. Tous les ormes magnifiques de notre enfance ont disparu ; certains dépassaient deux mètres de diamètre et plusieurs siècles de vie. Depuis une trentaine d'années, nous est arrivée des U.S.A. une souche très agressive de ce parasite que l'on a baptisée Ceratocystis ulmi. La station INRA d'Orléans mène les recherches sur les moyens de lutte et la création éventuelle de variétés résistantes. Les Scolytes qui se développent sous les écorces seraient en partie responsables de la pérennisation de la maladie. L'Orme bois d'oeuvre de haute qualité L'orme champêtre fournit un bois rougeâtre tenace, très prisé autrefois des charrons pour les jantes et moyeux de roues de charrettes. On l'utilisait aussi beaucoup pour les sabots et les galoches. L'ébénisterie considère l'orme comme un bois très noble à la condition qu'il soit resté de nombreuses années au « séchage ». Enfin, la loupe d'orme produite à partir d'arbres « tétards » donne un placage de toute beauté. L'Orme dans les noms de lieux L'orme est un arbre très populaire sur une grande partie de notre pays en raison de sa longévité, de son port majestueux et de son rôle social. C'est pourquoi de nombreuses communes et encore plus de lieux-dits évoquent la présence locale d'ormes champêtres. On pourrait citer : les Ormes, les Ormeaux, les Ormettes, les Olmes, les Ulmes, Lhorme, Olmet, Oulmes, Ormoy, Ormesson... Entre Ormes et Ormoy, on trouve une vingtaine de communes. L'Orme dans les noms de famille Toujours en raison de sa prestance et de sa popularité, l'orme a généré de nombreux patronymes dans les régions où le sol est favorable à son habitat . C'est ainsi qu'on rencontre fréquemment des familles Delorme, Desorme (avec ou sans accent aigu et s final), Dhorme, Dorme, Delormeaux, Ormeau, Ormesson... et probablement Ulmet et Ulmer. Rappelons que Philibert Delorme fut l'un des plus prestigieux architectes du seizième siècle. Ce nom fut également porté par des médecins renommés et par un ébéniste célèbre (travaillait-il aussi sur de l'orme ?). Amis apiculteurs, gardons-nous d' « attendre sous l'orme » que nos abeilles succombent à leurs nombreux et implacables ennemis. Louis BRETIN Et Georges Ulmer chantait : Un homme attendait au café du palais....
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