LES FRUITS ET LES HOMMES Nos lointains ancêtres ne s'occupaient pas que de « batailles et de chasse ». Ils se nourrissaient de ce que la Nature voulait bien leur dispenser selon les saisons. Les fruits, surtout s'ils étaient colorés, charnus et sucrés, compensaient en partie leurs carences et frustrations hivernales. La pomme, le plus populaires de nos fruits. Les encyclopédies nous disent que la pomme est le fruit d'un arbre désigné par les botanistes sous le nom de Malus communis. Le mot de Malus signifiant « arbre du mal » nous fait remonter au Paradis terrestre. II existe pourtant dans nos terroirs de France deux ancêtres de pommiers actuels: Le pommier Paradis qui produit en abondance de petits fruits rouges à l'insolation, au parfum très agréable et dont raffolent les sangliers. Le pommier Doucin à petits fruits uniformément gris, sans odeur prononcée, arbre beaucoup plusdiscret que le pommier Paradis.La pomme a joué un rôle indissociable de celui de l'Humanité. Nous naissons tous avec une « pomme d'Adam », les Slaves se remarquent par leurs « pommettes saillantes », la pomme légendaire de Guillaume Tell sur la tête de son fils a traversé les siècles via la Suisse. Enfin les moins jeunes d'entre nous se souviennent de Maurice Chevalier chantant « Ma pomme ». On dit que Turgot, alors intendant du Limousin, avait fort apprécié la « pomme de l'Estre » lors d'un séjour forcé à Saint Germain les Vergnes, après avoir cassé la (quatrième) roue de son carrosse. Notre région vient de faire reconnaître, à juste titre, les qualités incontestables de la pomme limousine ; et comme Adam au Paradis terrestre, nous pouvons dire fièrement que : « Après la pomme, il ne faut plus rien à l'homme ». La poire, fruits des châteaux. Les poiriers cultivés actuellement proviennent d'une espèce spontanée à épines (Pirus communis), que l'on rencontre un peu partout en France mais surtout à l'état isolé dans les friches, landes et terres incultes. C'est un arbre de taille moyenne qui aime la lumière. On a longtemps considéré la poire comme le « fruit des châteaux ». Plusieurs variétés portent des noms très évocateurs (Duc de Bordeaux, Comtesse de Paris, Duchesse... ). Cela n'a pas empêché un caricaturiste irrévérencieux de représenter la tête du roi Louis XVIII sous la forme d'une poire. Les médias ont annoncé le 29 janvier 2005 le baptême de la poire « Angeline », obtenue en Maine et Loire, et qui serait promise à un très grand avenir en raison de ses qualités techniques, commerciales et organoleptiques remarquables. Même s'il faut «savoir garder une poire pour la soif » et discuter à table de certains sujets « entre la poire et le fromage », le terme de « poire » a souvent pris dans le langage populaire une acception péjorative regrettable. La cerise, régal des oiseaux. Les cerisiers cultivés actuellement descendent de deux espèces spontanéesd'Europe: Le Merisier ou cerisier des oiseaux qui est un arbre vigoureux, commun dans notre région et dont le bois est très apprécié en ébénisterie. Le Cerisier Sainte Lucie, appelé parfois « Mahaleb », est beaucoup moins vigoureux que le merisier. Les deux espèces sont utilisées comme porte-greffes selon que l'on veut multiplier une variété à fort développement (Burlat par exemple) ou une variété buissonnante (Montmorency par exemple). Toute erreur dans le choix saute rapidement aux yeux. A l'état isolé, les cerisiers ont souvent des problèmes de fécondation et les cerises sont toujours très convoitées par les oiseaux tels que les merles ou les étourneaux. Avec les variétés précoces, on assiste souvent à un véritable pillage. Nos grands-mères faisaient grand cas de l'infusion de pédoncules de merises comme diurétique. En langage populaire, les choses de peu d'importance sont souvent qualifiées de « queues de cerises ». Par contre, lorsqu'il agit de rendre un projet plus attractif, on met couramment « une cerise sur le gâteau ». La prune, championne de l'utilisation. Les encyclopédies nous disent que les pruniers cultivés actuellement sont issus de deux espèces spontanées: Le prunier Saint Julien et le prunier Myrobolan. Sauf erreur, ces deux ancêtres n'existent pas en Limousin. Les nombreuses variétés cultivées pour leurs fruits résultent d'un long et complexe travail d'hybridation et de sélection avec des spécialisations régionales (Prune d'Ente, Mirabelle de l'Est...) Les pruniers ont tendance à drageonner et les professionnels recommandent de ne jamais greffer sur un drageon car les « drageons drageonnent ». En raison des qualités spécifiques des différentes variétés, la prune se prête à toutes sortes d'utilisations. Elle peut se consommer à la main, en compote, en tarte, en confiture, au sirop.... Localement, on la dessèche pour en faire des pruneaux aux multiples usages, y compris dans l'accompagnement d'un lapin ou d'un rôti de pore. Enfin, les différentes variétés de prunes peuvent procurer une eau de vie très fine et très appréciée (à consommer avec modération bien sûr ! ). Malgré toutes ses innombrables qualités, la prune a généré des expressions populaires malveillantes telles que travailler « pour des prunes » ou bien en temps de guerre « recevoir des pruneaux ». Les arbres fruitiers et les noms de lieux. Les noms de lieux et même de communes font généralement référence aux arbres et non aux fruits. On pourrait citer le chêne, le hêtre, le noyer, le vergne, l'orme et beaucoup d'autres. C'est probablement parce que l'arbre est un point de repère fixe quelle que soit la raison et parfois même pendant plusieurs générations humaines. Certains arbres vénérables sont d'ailleurs des repères géodésiques. Le pommier se trouve dans le nom d'une trentaine de communes comme La Pommeraye, Pomarède, Pomerol.... On note également quelques noms dérivés du latin Malus. Le cerisier se reconnaît dans de nombreux lieux-dits et hameaux. Une douzaine de communes de France portent un nom dérivé de prunus (prunier en latin) ; Prunet,Prunoy, Pruniers.... Les arbres fruitiers et leurs patronymes. Le pommier nous a légué une vingtaine de patronymes tels que Pommier, Pomiès, Pomarède, Pommerol... un peu partout dans l'hexagone. Les pommes flamande (Appel), allemande (Apfel), anglaise (Apple) ont également laissé leur empreinte. Le poirier est présent un peu partout dans les familles : Poirier, Dupoirier, Poiré, Pérot...En Alsace Lorraine, Birnbaum désigne le poirier. Il existe quelques familles portant le nom de Cerise Le prunier se retrouve chez les : Prunier, Pruneau, Prunet...En Alsace le patronyme Pflimlin signifie « petite prune ». Mais n'oublions pas les autres fruits. La présente rubrique est limitée aux « quatre grands » fruits qui occupent une position privilégiée en raison de l'ancienneté de leur culture, de leur dispersion géographique sur le territoire et de leur importance économique nationale. Un prochain article parlera des petits fruits et des productions fruitières plus localisées. Louis BRETIN Remarque et information Pour ceux qui s'intéressent aux arbres fruitiers, Abeilles et Fleurs de mai consacre un article intéressant sur la pollinisation du poirier signé de messieurs Lezec et Beloin de l'INRA d'Angers. .André Planade
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