Le MAIS (zea mavs)
Parmi les céréales qui ont contribué à la survie de l'humanité, il en est trois dont l'importance est mondiale : le blé, le riz et le maïs. Cérès, déesse des moissons chez les Romains, a aussi laissé son nom à d'autres graminées telles que seigle, orge, avoine, millet... souvent considérées en Europe comme « céréales secondaires ».
Les trois céréales « leaders » ont conservé à travers les siècles un caractère sacré. La sagesse populaire recommande de « ne pas manger son blé en herbe » ; les Asiatiques sont très attachés au « bol de riz quotidien ». Les meas, fils du soleil, respectent le maïs comme un don divin.
Le maïs céréale de légende né sous X
Le blé est originaire de l'Asie Mineure qui serait le berceau de l'Humanité ; il est issu de plantes spontanées connues et nous est parvenu après des millénaires d'amélioration conlWnte. Les riz actuels proviennent aussi d'espèces sauvages travaillées avec une opiniâtreté extrême. Le maïs, au contraire, n'a pas d'ancêtres connus. Il est donc en quelque sorte né sous X.
CUZCO capitale des Incas et du Maïs
Cuzco, ville du Pérou actuel est située à 3650 mètres d'altitude par 14° de latitude sud, avec une température moyenne annuelle de 20°C et une saison de pluies de décembre à avril. Le maïs originaire de cette région des Andes est donc une plante tropicale de montagne qui aime les été chauds et humides.
Rapporté d'Amérique du Sud par les Espagnols dans les années 1500 il s'est d'abord répandu en Espagne, puis en France, dans le bassin méditerranéen et même en Russie.... Cette expansion a valu au maïs de nombreuses appellations plus ou moins justifiées telles que Blé d'Espagne, Blé de Turquie, Blé de l'Inde, Granturco en Italie, M'rama dans l'océan indien.:.: Le maïs semble avoir très peu pénétré en Extrême Orient si l'on en croit cette phrase palindrome allemande : « Ein Siamese lese Maïs nie » (un siamois ne récolte jamais de maïs).
L'hybridation technigue incontournable
Le maïs est cultivé traditionnellement dans le Sud-Ouest, un peu en Alsace et en Bresse. Pendant des siècles, on a pratiqué une sélection empirique' sur des « populations » en fécondation libre avec des résultats médiocres. Dès 1946/47, il est arrivé en Europe des hybrides américains beaucoup plus productifs et qui ont fait remonter l'aire de production vers le Nord. Le maïs ne peut produire des rendements élevés qu'avec des semences provenant de croisement de lignées génétiquement très différentes. C'est là « vigueur hybride » ou « hétérosis ». En France, le maïs semé en général entre le 20 Avril et le 10 Mai ne végète que pendant 5 mois. Il faut donc une bonne vigueur au départ et une croissance rapide terminée avant les gelées. En Limousin, l'année 2007 a été favorable au maïs par son été pluvieux mais avec un déficit de chaleur et de soleil.
Production des semences
Pour l'hybridation, on a besoin de lignées pures conduites en autofécondation absolue pendant plusieurs années. Pour réduire cette durée de « purification génétique », il faudrait faire deux récoltes par an, par exemple une en Europe et une en Australie. Il existe trois sortes d'hybrides :1'hybride simple entre deux lignées pures, l'hybride trois voies entre un hybride (femelle) et une lignée pure (mâle), l'hybride double entre deux hybrides simples.
La multiplication des semences
Elle se fait chez un agriculteur. Un schéma classique consiste à semer 6 à 7 rangs d'hybrides qui serviront de plantes femelles et 2 rangs d'une lignée pure (naine) servant de mâles. Sur les rangs femelles il est indispensable de couper les fleurs mâles avant l'émission de pollen: Le travail de castration était parfois assuré par des étudiants. On a trouvé une parade à cette opération coûteuse en introduisant chez les « femelles » un gène « mâle stérile ». Il arrive aussi que les rangs mâles soient en retard pour le pollen. On peut avancer leur maturité en « paillant » le sol, par exemple, avec un film de polyéthylène photodégradable. Le maïsiculteur de base ne peut donc pas ressemer des grains de sa production et doit acheter ses semences de maïs chaque année, lesquelles semences sont toujours traitées avec un fongicide contre les « fontes de semis ».
Le problème des parasites du maïs
Les pyrales et sésamies sont des lépidoptères dont les chenilles creusent des galeries dans les tiges du maïs et sont responsables de dégâts très spectaculaires et d'importantes chutes de rendement. Les traitements chimiques par voie externe sont très aléatoires. D'où le recours à des insecticides systémiques, c'est-à-dire qui sont véhiculés par la sève dans toute la plante. C'est l'ère des produits à base de Fipronil qui ont posé au monde apicole les problèmes que l'on sait. A cause des inconvénients liés à la lutte chimique et de la mauvaise « image de marque » des pesticides en général, il a paru opportun de s'orienter vers une résistance génétique à ces parasites.
L'intervention des généticiens
Rappelons que pour modifier un patrimoine génétique, il faut choisir un gène portant le caractère recherché, l'isoler, puis l'implanter sur un chromosome déterminé et à la hauteur adéquate. Ces opérations de haute technicité n'ont rien de commun avec le greffage d'un pommier sur un sauvageon. Le maïs n'ayant pas d'ancêtres sauvages connus, son pollen transgénique ne risque donc pas, en principe, de polluer la flore environnante. Il convient cependant de méditer cette pensée de l'écrivain américain Henry Thoreau (18171862):« Il n'est pas de force sur terre plus grande que celle d'une idée dont les temps sont venus».
La récolte du maïs
Jusque vers 1950, la récolte du maïs était toujours manuelle. Actuellement on peut récolter en épis à l'aide de cueilleurs-épanouilleurs (corn pickers) ou en grains par des récolteuses-égreneuses (corn shellers) ou avec des moissonneuses-batteuses: Les épis peuvent être stockés dans des cribs en plein air pendant tout l'hiver où les grains sèchent très lentement. A l'échelle industrielle, le séchage des grains se fait à grand renfort d'air chaud et avec le prix du fuel, c'est une opération très onéreuse.
Le maïs dans les productions animales
L'ensilage du maïs plante entière est surtout destiné à l'engraissement des bovins en libre service. Il est nécessaire de le complémenter en matière azotée, en minéraux et en oligo-éléments. L'ensilage de maïs grain humide broyé est surtout réservé aux porcs. La farine de maïs est un constituant majeur des aliments composés pour les volailles.
Le maïs dans l'alimentation humaine
La consommation humaine directe ne semble pas dépasser 10% de la production française du maïs grain. Le maïs est une matière première pour la semoulerie, l'amidonnerie et la glucoserie. La maïzéna est depuis longtemps d'utilisation ménagère courante. Nos amis Italiens aiment beaucoup la polenta. Le germe de maïs donne une huile de table appréciée.
Saccharose et Isoglucose
Le traité de Rome instituant le Marché Commun en 1957 a décidé que le sucre européen serait le saccharose (solide) et non l'isoglucose (liquide). C'était donc introniser la betterave et la canne comme sources privilégiées de notre cher édulcorant. Le maïs peut produire par hydrolyse du grain autant de sucre à l'hectare que la betterave mais il aurait fallu reconvertir toute l'industrie sucrière. Toutefois, l'isoglucose est préféré par certaines professions telles que la confiserie, la pâtisserie et même l'apiculture car il ne cristallise pas.
Les OGM chez les mammifères
Le prix Nobel de médecine vient d'être décerné (octobre 2007) à trois chercheurs - 2 Américains et un Britannique - pour leurs travaux sur la création de souris transgéniques (OGM) qui ouvriraient de nouvelles perspectives pour les études sur le cancer et la maladie d'Alzheimer. La souris blanche est utilisée depuis longtemps en raison de sa prolificité sans égale mais c'est un mammifère. Evidemment le « pollen » des mammifères emprunte d'autres chemins que la voie des airs. Bien qu'une vieille chanson française prétende que parfois « c'est la faute du vent »....
La presse du S novembre 2007 fait état de souris transgéniques américaines qui seraient imbattables quant à leur vitesse et à leur endurance. En quelque sorte des « formule 1 » de la gent trotte-menu que l'on a même comparées à un certain champion cycliste contemporain.
Mais n'oublions pas cette parole de Rabelais (V1494/1553) dans Pantagruel : u Science sans conscience n'est qu'une ruine de l'âme ». Sans doute à cause de l'une de ses appellations historiques de « blé de Turquie », le maïs est devenu la « tête de turc ». Il a le mérite d'alimenter les animaux, les hommes et la polémique.
Louis Bretin (novembre 2007)
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