A l'ombre de nos grands arbres:
Le châtaignier : emblême de la région Limousin
Un autre doyen de nos grands arbres :
Le châtaignier commun appartient à la famille des fagacées (comme le hêtre) et les botanistes le désignent sous le nom de Castanea vulgaris. Il serait venu en Europe il y a environ 2 500 ans en provenance d'Asie Mineure, d'une région de l'Iran actuel; et non dans les bottes du grand voyageur qu'était Alexandre le Grand.
Le châtaignier peut atteindre 1 000 ans, mais devient creux en vieillissant. Il existait, il y a encore peu d'années, en Sicile au pied de l'Etna, prés de la ville de Acireale un châtaignier historique appelé « châtaignier aux cent chevaux » pouvant abriter en son sein un troupeau de moutons. On peut supposer que les troupeaux d'autrefois étaient plus modestes que celui de la chanson de nos petites filles:
« Mon père avait trois cent moutons
Dont j'étais la bergère...... »
Le châtaignier en Limousin :
Le châtaignier ne pousse strictement qu'en terre acide. On le trouve en France seulement sur le « V » hercynien de l'ère primaire, c'est-à-dire Massif Armoricain, Massif Central, Ardennes et Vosges. Dans nos régions, on ne le rencontre guère au delà d'une altitude de 500 mètres. C'est un arbre si populaire que les maçons creusois qui ont grandement contribué à construire Paris et Lyon étaient affublés du sobriquet de « mangeurs de châtaignes ».
La maladie de l'encre :
Le châtaignier adulte est victime d'un champignon le Phytophtora carnivora, cousin du mildiou de la pomme de terre, qui se développe sur les racines et le collet; l'arbre dépérit et finit par mourir. Il n'existe pas de moyens de lutte curative. L'INRA qui a étudié ce parasite, notamment en Corrèze, recherche des types résistants comme pour la graphiose de l'orme.
Le châtaignier arbre aux multiples usages :
Le châtaignier rejette beaucoup de souche. Les jeunes « perches » après écorçage et séchage font de bons manches d'outils agricoles, des échalas et des piquets. Les pépiniéristes et les viticulteurs en utilisent beaucoup. Pour prolonger la vie des piquets de clôtures, on passe parfois leur pied au goudron ou au feu.
En menuiserie, c'est un bois mi-dur, souple et élastique dont le coeur résiste assez bien à la pourriture et à la vermoulure. On le préfère souvent au chêne pour les parquets, les huisseries et la futaille car il est moins lourd et moins cher. Le bois de châtaignier a une belle veinure et il prend bien les colorants. En charpente, il éloigne les araignées et on le cheville au robinier faux-acacia.
On fabrique aussi de petites tuiles plates, parfois appelées « lauzes » qui recouvrent encore certains clochers d'église (La Souterraine ?).
Le salon « châtaignier en projets » qui s'est tenu à Chalus en juillet dernier a présenté avec un succés remarqué l'avenir prometteur du châtaignier dans l'ameublement original du futur.
Le châtaignier et les feuillardiers :
Les feuillardiers sont surtout présents dans le sud de la Haute Vienne. Ils travaillent sur les rejets de souches qui abondent chez les châtaigniers conduits en taillis. Les perches sont refendues en 2, 3 ou 4 pour en faire des feuillards aux multiples usages: clôtures, cerclages divers, parcs à huitres...Le métier artisanal de feuillardier ne forme plus d'apprentis car il subit la concurrence des fabrications industrielles. On voit cependant encore quelques « cabanes » aux limites de Haute Vienne et Dordogne.
Le châtaignier matière première industrielle:
Les rondins de châtaignier arrivent écorcés à l'usine. Ils sont broyés par des « coupeuses » et réduits en copeaux qui passent ensuite dans des autoclaves à 120°. Après décantation et séchage, on obtient du tanin en poudre.
Le bois purgé de son tanin est alors nettoyé chimiquement, transformé en fibres qui après séchage sont conditionnées en plaques destinées à la fabrication du papier.
Le châtaignier arbre mellifère :
Le châtaignier fleurit généralement en juin, à peu près en même temps que le tilleul. Les abeilles y trouvent en abondance pollen, nectar et miellat et produisent un miel de couleur foncée diversement apprécié. Mais le miel garanti « pur châtaignier » est assez exceptionnel dans notre région.
La châtaigne dans la gastronomie française :
En cuisine familiale: Les petits et les grands se régalent toujours des châtaignes grillées ou bouillies, des châtaignes blanchies des festins de Noël. Le boudin aux châtaignes est passé dans la charcuterie locale.
En agro-alimentaire: La châtaigne (ou le plus souvent le « marron » sélectionné sans cloisons) fait l'objet de nombreuses préparations telles que les marrons en conserves, les marrons glacés, la confiture, la purée de marrons qui se marie bien avec un plat de sanglier...
Le châtaignier dans les noms de lieux :
Une trentaine de communes en France font référence au châtaignier et portent des noms dérivés du latin Castaneum. Ainsi Castanet, Castagnède...L'adjonction d'un « h » a généré des noms comme Chastenay et en Haute Vienne le Chatenay en Dognon.
Les lieux-dits sont encore plus nombreux, surtout dans le sud-ouest, à rappeler la présence des châtaigniers. On trouve aussi des communes ou lieux-dits portant des noms dérivés de Castaneum alors que le châtaignier y a complètement disparu. Cela semblerait justifier le qualificatif « d'arbre du pauvre » attribué parfois au châtaignier.
Le châtaignier dans les patronymes :
En raison de la proximité d'une châtaigneraie ou d'un arbre isolé remarquable, les familles étaient souvent identifiées par un surnom devenu après François Ier leur patronyme: ainsi les Chastagnier, Chastaing, Chastanet... O n peut donc supposer que le châtaignier était implanté en Limousin bien avant l'ordonnance de Villers-Cotterets de 1539, portant obligation à tout un chacun d'être connu légalement sous un nom de famille.
La châtaigne grande essaimeuse de vocabulaire :
Sans doute en raison de sa forme et de sa grande popularité, la châtaigne a prêté son nom avec beaucoup de complaisance:
- la châtaigne d'eau: c'est la macre commune ou cornuelle qui croît sur les eaux dormantes (étangs ou canaux) et dont le fruit est comestible.
- la châtaigne de mer: c'est un autre nom de l'oursin qui par ses piquants ressemble à la bogue du châtaignier.
- les châtaignes du cheval: ce sont les petites plaques de corne des jambes du cheval.
- la châtaigne des mauvais garçons désigne les coups portés à main nue entre gens de bonne compagnie.
- la « castaneta » chère à nos amis espagnols est contituée de deux parties en bois: la hembre et el macho.
Le châtaignier emblème du Limousin :
Le châtaignier est omniprésent en Limousin. Il est populaire par ses multiples usages. La châtaigne a constitué au cours des siècles passés un appréciable aliment d'appoint. Pour toutes ses qualités au service de l'homme, le châtaignier méritait bien d'être élevé au rang d'emblème du Limousin.
Hasta la vista amigos y amigos
Louis Bretin
Dans le précédent bulletin, Louis BRETIN avait fait référence au châtaignier millénaire des environs d'Acireale en Sicile. La légende tient toujours debout, l'arbre aussi. Il faut dire que sur ce versant de l'Etna les châtaigneraies sont nombreuses à mi-hauteur. C'est dans ce secteur que l'on trouve une forte population d'apiculteurs. La ville de Zaffarena Etnea, entre les plantations d'agrumes en contre-bas et les châtaigniers en contre-haut, fête chaque année le miel, le châtaignier, le citron et la vigne tous les week-end d'octobre et on comprend pourquoi. Les apiculteurs n'ont que de courtes transumances à faire, suivre la floraison du bord de mer vers le sommet, c'est pourquoi la récolte mellifère de cette région représente 8% de la production nationale italienne. On y trouve du miel de citron, d'oranger, de châtaignier, d'eucalyptus et bien entendu toutes fleurs.
André PLANADE
Syndicat des apiculteurs du Limousin
Apiflorie
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